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Droit à la déconnexion : 5 obligations légales du Code
Droit du travail

Droit à la déconnexion dans le Code du travail : obligations, charte et recours

Droit à la déconnexion Code du travail : loi 2016-1088, articles L2242-17, charte obligatoire, obligations employeur, jurisprudence 2026. Guide clair

Alice HenryAlice Henry 19 min de lecture
Le droit à la déconnexion pourrait faire son entrée dans le Code du Travail

Le droit à la déconnexion, inscrit à l'article L2242-17 du Code du travail depuis la loi n°2016-1088 du 8 août 2016, permet à tout salarié de ne pas se connecter à ses outils numériques professionnels en dehors de ses horaires de travail. Applicable depuis le 1er janvier 2017 aux entreprises de plus de 50 salariés, il impose à l'employeur de négocier un accord ou d'adopter une charte après consultation du CSE.

Le droit à la déconnexion est inscrit dans le Code du travail depuis la loi n°2016-1088 du 8 août 2016, entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Il impose à l'employeur de réguler l'usage des outils numériques professionnels hors du temps de travail. Pourtant, près de dix ans après son adoption, de nombreuses entreprises de plus de 50 salariés n'ont toujours pas mis en place de charte ou d'accord collectif conforme : une négligence qui peut leur coûter cher devant les prud'hommes.

En bref

  • Le droit à la déconnexion est issu de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 et s'applique depuis le 1er janvier 2017 aux entreprises de plus de 50 salariés.
  • L'employeur doit négocier annuellement sur la déconnexion (article L2242-17) ; à défaut d'accord, une charte unilatérale est obligatoire après avis du CSE.
  • Par un arrêt du 25 mars 2026, la Cour de cassation juge que le manquement au droit à la déconnexion suppose la preuve d'une connexion imposée par l'employeur.
  • Le Code du travail ne prévoit pas de sanction spécifique, mais le salarié peut agir sur le fondement de l'article L1121-1 (atteinte aux libertés individuelles).
  • Les télétravailleurs bénéficient des mêmes droits que les salariés sur site, en vertu de l'article L.1222-9 du Code du travail.

Ce que dit le Code du travail sur le droit à la déconnexion

La loi n°2016-1088 du 8 août 2016, dite loi Travail ou loi El Khomri, constitue le texte fondateur du droit à la déconnexion en droit français. Adoptée après des mois de débats parlementaires, elle poursuivait un double objectif : moderniser le dialogue social et mieux protéger la santé des salariés face à l'hyperconnexion numérique.

Avant cette loi, rien dans le Code du travail n'encadrait explicitement l'usage des messageries, téléphones et applications professionnelles hors du temps de travail. Les salariés répondaient aux sollicitations le soir, le week-end, parfois même pendant leurs congés, sans cadre légal protecteur. La loi Travail a comblé ce vide en intégrant le droit à la déconnexion dans le champ de la négociation obligatoire en entreprise.

8 581 articles répartis dans 144 conventions collectives mentionnent aujourd'hui le droit à la déconnexion, selon la base KALI de Légifrance (2026). Ce chiffre témoigne de l'ampleur de la diffusion du principe dans le tissu conventionnel français.

La loi Travail du 8 août 2016 : origine du texte

La loi n°2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels a été publiée au Journal officiel le 9 août 2016. Son article 55 introduit le droit à la déconnexion dans le Code du travail, en l'insérant au sein du chapitre consacré à la négociation obligatoire en entreprise.

Le législateur de 2016 n'a pas créé un droit autonome et détaché : il a choisi de l'adosser à l'obligation périodique de négocier sur l'égalité professionnelle et la qualité de vie au travail. Ce choix tactique explique qu'aucune sanction spécifique n'accompagne le dispositif : la contrainte passe par le dialogue social, non par une amende administrative.

Plusieurs salariés ignorent que cette loi ne se limite pas à la déconnexion. Elle réforme aussi le compte personnel d'activité, les durées maximales de travail et la primauté de l'accord d'entreprise sur l'accord de branche.

L'article L2242-17 : le cœur du dispositif

L'article L2242-17 du Code du travail constitue le cœur du dispositif légal. Il dispose que la négociation annuelle obligatoire sur l'égalité professionnelle et la qualité de vie au travail porte notamment sur « les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion ».

L'obligation ne concerne que les entreprises d'au moins 50 salariés, selon les données de Légifrance (section du Code du travail en vigueur au 29 janvier 2026). Pour les entreprises de moins de 50 salariés, la loi ne crée pas d'obligation directe, mais le droit à la déconnexion peut être introduit par voie conventionnelle ou par initiative volontaire de l'employeur.

Cet article s'inscrit dans le bloc des articles L2242-1 à L2242-17, qui balisent l'ensemble des thèmes de négociation obligatoire. La déconnexion n'est donc pas un sujet isolé : elle fait partie d'un ensemble cohérent qui inclut aussi l'égalité salariale, les conditions de travail et la prévoyance.

Entrée en vigueur au 1er janvier 2017 : ce qui a changé

Le 1er janvier 2017 marque l'entrée en vigueur effective du droit à la déconnexion dans le Code du travail. À cette date, les entreprises de plus de 50 salariés auraient dû intégrer ce thème dans leur négociation annuelle obligatoire.

Dans les faits, la mise en œuvre a été très progressive. Beaucoup d'employeurs ont découvert l'obligation avec retard, et la première vague de chartes de déconnexion n'a réellement émergé qu'à partir de 2018-2019. Aujourd'hui encore, un nombre significatif d'entreprises n'a pas formalisé de dispositif conforme.

Concrètement, ce qui a changé au 1er janvier 2017 : le salarié peut désormais invoquer un fondement légal précis pour refuser une connexion hors temps de travail ; le CSE dispose d'un levier de contrôle sur la politique de déconnexion ; et l'employeur ne peut plus ignorer le sujet sans risquer un contentieux prud'homal.

Obligations concrètes de l'employeur : négociation, accord ou charte

L'obligation légale se déploie en deux temps. D'abord, l'employeur doit ouvrir une négociation annuelle (NAO) avec les organisations syndicales représentatives sur les modalités d'exercice du droit à la déconnexion. Ensuite, si cette négociation n'aboutit pas, il doit élaborer une charte unilatérale après consultation du comité social et économique (CSE).

L'obligation de négocier ne signifie pas obligation de conclure un accord. La loi impose un processus, pas un résultat. C'est ce que rappellent les articles L2242-1 à L2242-17 du Code du travail (en vigueur au 29 janvier 2026). L'employeur doit simplement démontrer qu'il a loyalement tenté de négocier.

En pratique, la plupart des entreprises de plus de 50 salariés optent directement pour la charte unilatérale, sans passer par une négociation approfondie. Cette approche est juridiquement valable si l'employeur peut prouver qu'il a engagé la NAO et consulté le CSE.

La négociation annuelle obligatoire (NAO) sur la déconnexion

La négociation annuelle obligatoire (NAO) sur la déconnexion s'inscrit dans le bloc consacré à l'égalité professionnelle et à la qualité de vie au travail. Elle doit se tenir chaque année, conformément aux articles L2242-1 à L2242-17 du Code du travail.

L'employeur convoque les délégués syndicaux et engage une discussion sur les mesures concrètes à adopter : plages horaires de déconnexion, règles d'utilisation des messageries, dispositifs techniques de blocage des envois nocturnes ou encore actions de sensibilisation. Les organisations syndicales peuvent formuler des contre-propositions.

Si les partenaires sociaux parviennent à un consensus, ils signent un accord collectif d'entreprise qui détaille l'ensemble des modalités. Cet accord est alors déposé auprès de la DREETS et publié dans la base Légifrance. Il a valeur contraignante pour l'employeur et pour les salariés.

En l'absence d'accord : la charte unilatérale obligatoire

Lorsque la négociation échoue : absence d'accord ou désaccord persistant : l'employeur ne peut pas rester inactif. Il doit élaborer une charte de déconnexion à titre unilatéral, après avoir recueilli l'avis du CSE.

L'avis du CSE n'est pas contraignant : il s'agit d'une consultation obligatoire dont l'employeur doit justifier dans un procès-verbal, mais il n'est pas tenu d'en suivre les recommandations. La charte est ensuite diffusée à l'ensemble des salariés par tout moyen (affichage, intranet, remise en main propre).

L'erreur fréquente : certains employeurs confondent cette charte avec une simple note de service. Or la charte doit résulter d'un processus formalisé (NAO + consultation du CSE), faute de quoi elle est juridiquement fragile.

Ce que la charte doit contenir selon Légifrance

Selon l'article 55 de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016, la charte doit définir deux éléments cumulatifs. Premièrement, les modalités d'exercice du droit à la déconnexion : plages horaires de non-sollicitation, règles d'envoi des courriels, paramétrage des messageries instantanées, dispositifs de blocage des serveurs en dehors des heures ouvrées.

Deuxièmement, elle doit prévoir des actions de formation et de sensibilisation à destination des salariés et de l'encadrement. Ces actions visent un usage raisonnable et raisonné des outils numériques professionnels.

La charte n'est pas un document figé. Les entreprises peuvent la réviser périodiquement, notamment pour intégrer de nouveaux outils (réseaux sociaux d'entreprise, applications collaboratives) ou pour renforcer ses dispositions après un retour d'expérience. Elle doit être communiquée à chaque nouveau salarié, au même titre que le contrat de travail et le règlement intérieur.

Droit à la déconnexion et télétravail : une protection renforcée

L'article L.1222-9 du Code du travail consacre un principe simple : le télétravailleur bénéficie des mêmes droits légaux et conventionnels que le salarié exécutant son travail dans les locaux de l'entreprise. Ce principe s'applique de plein droit au droit à la déconnexion.

Le télétravail accentue le risque d'hyperconnexion. La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s'estompe quand le bureau est à domicile. Un salarié en télétravail peut être tenté de consulter ses courriels le soir « pour prendre de l'avance », ou son employeur peut attendre de lui une réactivité constante, en dehors des plages convenues.

La charte de déconnexion doit expressément couvrir les télétravailleurs. Les plages horaires de non-sollicitation s'appliquent identiquement, quel que soit le lieu d'exécution du travail. L'employeur ne peut pas exiger d'un télétravailleur une disponibilité qu'il n'exigerait pas d'un salarié sur site.

Article L.1222-9 : le télétravailleur a les mêmes droits

L'article L.1222-9 du Code du travail énonce que « le télétravailleur a les mêmes droits que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l'entreprise ». Cette disposition, introduite par l'ordonnance n°2017-1387 du 22 septembre 2017, couvre l'ensemble des droits individuels et collectifs : rémunération, durée du travail, formation, représentation syndicale et, explicitement, droit à la déconnexion.

Le texte interdit toute différence de traitement fondée sur le statut de télétravailleur. Ainsi, si l'entreprise a mis en place une charte de déconnexion, elle protège indifféremment les salariés présents au bureau et ceux à distance. Si elle n'en a pas, le risque juridique est le même pour l'employeur, quel que soit le lieu d'exécution du contrat.

Cas pratique : salarié en télétravail sans charte de déconnexion

Prenons un cas concret. Madame L. est cadre dans une entreprise de 120 salariés, en télétravail trois jours par semaine. Aucune charte de déconnexion n'a été adoptée, et son supérieur lui envoie régulièrement des messages via une messagerie instantanée après 21 heures, attendant une réponse rapide.

Madame L. subit une pression constante qui empiète sur son temps de repos. Elle dispose de plusieurs leviers : signaler la situation au CSE, demander à son employeur de respecter son obligation de négocier une charte, et, en cas d'inaction persistante, saisir le conseil de prud'hommes sur le fondement de l'article L1121-1 du Code du travail.

Dans ce scénario, l'absence de charte fragilise l'employeur. Si Madame L. produit des captures d'écran horodatées prouvant les sollicitations nocturnes répétées, elle peut caractériser une atteinte à ses libertés individuelles et un manquement à l'obligation patronale de sécurité (article L4121-1).

Droit à la déconnexion dans la fonction publique

Dans la fonction publique, le droit à la déconnexion ne découle pas directement de l'article L2242-17 du Code du travail, qui régit les relations de travail privées. Il est introduit par voie d'accords-cadres négociés au sein de chaque administration.

L'accord relatif au télétravail au sein du ministère des armées illustre cette approche : il consacre le droit pour tout agent de ne pas être connecté à un outil numérique professionnel en dehors de son temps de travail, avec pour objectif le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle (Légifrance, 2026).

L'accord-cadre relatif à la mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique (publié au Journal officiel en 2022) poursuit le même objectif. Les modalités concrètes sont déclinées au niveau de chaque service. Le régime diffère du privé sur plusieurs points : absence de sanction prud'homale, contentieux relevant du tribunal administratif, et mise en œuvre souvent plus progressive.

L'erreur courante des employeurs : croire qu'une mention suffit

Une pratique répandue chez les employeurs consiste à insérer une clause dans le règlement intérieur ou à diffuser un courriel annuel rappelant aux salariés de « se déconnecter le soir ». Cette approche est juridiquement insuffisante.

Le règlement intérieur, régi par l'article L1321-1 du Code du travail, n'a pas pour objet de formaliser les modalités du droit à la déconnexion. Une simple mention ne remplit pas l'obligation de négociation annuelle ni celle d'élaborer une charte après consultation du CSE. De même, un courriel de la direction ne constitue pas un document opposable répondant aux exigences de l'article 55 de la loi n°2016-1088.

L'employeur qui se contente de cette approche s'expose à un double risque. D'abord, un risque de contentieux individuel : un salarié harcelé de sollicitations nocturnes pourra invoquer l'absence de cadre protecteur. Ensuite, un risque de contentieux collectif : une organisation syndicale peut dénoncer le défaut de négociation sur ce thème obligatoire.

Ce que la loi exige réellement (et pas seulement une mention)

La loi exige un processus structuré en trois étapes : ouverture d'une NAO incluant le thème de la déconnexion ; conclusion d'un accord OU, à défaut, élaboration d'une charte unilatérale ; consultation préalable du CSE sur cette charte.

Le contenu minimal est également prescrit. La charte doit définir des plages horaires explicites de non-sollicitation (par exemple : « aucun courriel professionnel ne sera envoyé entre 20 heures et 7 heures, sauf urgence avérée »), prévoir des formations, et préciser les modalités techniques de mise en œuvre (blocage des serveurs, signature électronique rappelant les horaires, etc.).

Une charte qui se bornerait à énoncer un principe général sans modalités concrètes ne serait pas conforme. La Direction générale du travail (DGT) a rappelé à plusieurs reprises, dans ses réponses aux questions parlementaires, que la charte doit être opérationnelle, pas simplement déclarative.

Conséquences en cas de manquement : la jurisprudence 2026

Par un arrêt du 25 mars 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a précisé les contours du manquement au droit à la déconnexion. La Haute juridiction juge que ce manquement suppose la preuve d'une connexion imposée par l'employeur au salarié (source : village-justice.com, mai 2026).

Cette décision a une portée pratique considérable. Elle signifie qu'une connexion spontanée du salarié : par exemple, consulter ses courriels le week-end de sa propre initiative : ne caractérise pas, à elle seule, un manquement imputable à l'employeur. Le salarié qui agit en justice doit démontrer que l'employeur a exigé ou fortement incité cette connexion hors temps de travail.

Le Code du travail ne prévoit pas de sanction spécifique pour défaut de mise en œuvre du droit à la déconnexion (village-justice.com, septembre 2024). Cela ne signifie pas que l'employeur est à l'abri. Le salarié peut mobiliser d'autres fondements : l'article L1121-1 (atteinte aux libertés individuelles), l'article L4121-1 (obligation de sécurité), voire la qualification de harcèlement moral si les sollicitations sont répétées et dégradantes.

Recours du salarié en cas de non-respect du droit à la déconnexion

Un salarié confronté à des sollicitations répétées hors temps de travail n'est pas démuni, même si le Code du travail ne prévoit pas de sanction spécifique. La voie est graduée : du dialogue interne à l'action judiciaire, en passant par l'intervention des institutions représentatives.

La première démarche consiste à documenter les faits. Captures d'écran horodatées, relevés d'appels, courriels reçus tardivement : ces éléments constituent les preuves indispensables en cas de contentieux ultérieur. Sans eux, la démonstration de la connexion imposée : exigée par la Cour de cassation dans son arrêt du 25 mars 2026 : devient difficile.

Une fois les preuves rassemblées, le salarié peut activer les différents canaux de recours, du plus informel au plus formel.

Étape 1 : signalement interne et rôle du CSE

Le signalement interne constitue la première étape. Le salarié peut alerter sa hiérarchie directe, le service des ressources humaines, ou un représentant du personnel. L'objectif est d'obtenir un cessez-le-feu rapide sans engager de procédure formelle.

Si cette alerte reste sans effet, le CSE dispose d'un droit d'alerte en matière de santé et de sécurité au travail (article L2312-60 du Code du travail). Il peut demander à l'employeur des explications écrites et, en cas de réponse insatisfaisante, saisir l'inspection du travail.

Le CSE peut également inscrire le sujet à l'ordre du jour de ses réunions ordinaires et exiger la production de la charte de déconnexion ou, à défaut, la justification de l'ouverture de la NAO sur ce thème. Cette pression institutionnelle suffit souvent à débloquer des situations stagnantes.

Étape 2 : inspection du travail et prud'hommes

Lorsque les démarches internes échouent, le salarié peut saisir l'inspection du travail. L'inspecteur du travail peut constater l'absence de charte ou l'insuffisance de la négociation et adresser une observation ou une mise en demeure à l'employeur. Cette intervention administrative, sans être contraignante, a souvent un effet dissuasif.

En dernier recours, le conseil de prud'hommes est compétent pour connaître des litiges individuels relatifs au droit à la déconnexion. Le salarié peut fonder sa demande sur l'article L1121-1 du Code du travail, qui prohibe les restrictions aux droits des personnes et aux libertés individuelles non justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché (village-justice.com, mai 2023).

Il peut également invoquer le manquement à l'obligation patronale de sécurité (article L4121-1) si les sollicitations nocturnes ont entraîné une dégradation de sa santé. La réparation peut prendre la forme de dommages-intérêts, dont le montant est souverainement apprécié par les juges du fond.

Quand consulter un avocat spécialisé en droit du travail

La saisine des prud'hommes sur le terrain du droit à la déconnexion reste une contentieux émergent, aux contours jurisprudentiels encore en construction. Un avocat spécialisé en droit du travail peut aider le salarié à qualifier juridiquement les faits et à choisir le fondement le plus adapté.

L'avocat évalue la solidité du dossier : les preuves de sollicitations imposées sont-elles suffisantes au regard de l'exigence posée par la Cour de cassation en mars 2026 ? L'absence de charte est-elle avérée ? Existe-t-il un préjudice démontrable (certificat médical attestant de troubles du sommeil, de stress, etc.) ?

Le salarié doit garder à l'esprit que la procédure prud'homale implique des délais (plusieurs mois, voire plus d'un an) et des coûts. Une stratégie alternative : négociation d'une rupture conventionnelle ou médiation : peut parfois offrir une issue plus rapide.

Ce que prévoit votre convention collective : 144 conventions concernées

Le droit à la déconnexion ne se limite pas aux dispositions du Code du travail. De nombreuses conventions collectives l'ont intégré et, dans certains cas, renforcé. La base KALI de Légifrance recense 8 581 articles répartis dans 144 conventions collectives qui mentionnent le droit à la déconnexion.

Ces dispositions conventionnelles peuvent aller au-delà de la loi : elles peuvent fixer des plages horaires précises, prévoir des dispositifs techniques de blocage automatique, ou instaurer des procédures de signalement spécifiques. Le salarié a donc intérêt à vérifier ce que prévoit sa convention collective applicable, en complément de la charte ou de l'accord d'entreprise.

La méthode pour retrouver sa convention collective est simple : le bulletin de paie mentionne le code IDCC (identifiant de convention collective), qu'il suffit de saisir dans le moteur de recherche de la base KALI sur Légifrance.

Exemple : la convention collective du notariat

La convention collective nationale du notariat du 8 juin 2001 (étendue par arrêté du 26 décembre 2001) fournit un exemple abouti de transposition conventionnelle. Elle définit le droit à la déconnexion comme « le droit de chaque salarié de ne pas être connecté à un outil numérique à titre professionnel pendant ses temps de repos » (Légifrance, base KALI).

Cette convention va plus loin que le minimum légal en précisant les outils concernés (messagerie électronique, téléphone portable professionnel, accès à distance au réseau) et en rappelant que l'employeur doit garantir ce droit, y compris en dehors des locaux de l'office.

Elle illustre la tendance de certaines branches professionnelles à consolider le socle légal par des dispositions plus détaillées et plus directement invocables par les salariés.

Comment trouver les dispositions de votre convention collective

Tout salarié peut identifier sa convention collective applicable en consultant son bulletin de paie. L'identifiant IDCC (Identifiant Des Conventions Collectives) est un code à quatre chiffres qui figure généralement en haut du bulletin.

Une fois le code IDCC obtenu, il suffit de se rendre sur Légifrance, dans la base KALI (https://www.legifrance.gouv.fr/conv_coll), et de saisir ce code dans le champ de recherche. Le texte intégral de la convention s'affiche.

Pour trouver les dispositions relatives à la déconnexion, utiliser la fonction de recherche interne avec les mots-clés « déconnexion », « outils numériques » ou « temps de repos ». Si la convention ne contient aucune disposition spécifique, le salarié se tourne exclusivement vers la charte ou l'accord d'entreprise.

Fiche pratique

Textes de référenceLoi n°2016-1088 du 8 août 2016 (loi Travail) ; Article L2242-17 du Code du travail (négociation obligatoire) ; Article L1222-9 du Code du travail (télétravail) ; Article L1121-1 du Code du travail (protection des libertés individuelles) ; Article L4121-1 du Code du travail (obligation de sécurité de l'employeur)
Entreprises concernéesToutes les entreprises de plus de 50 salariés (article L2242-17)
Entrée en vigueur1er janvier 2017
Obligation centrale de l'employeurNégociation annuelle obligatoire (NAO) sur le droit à la déconnexion ; à défaut d'accord, charte unilatérale après avis du CSE
Contenu minimal de la charteModalités d'exercice du droit à la déconnexion (plages horaires, règles de non-sollicitation) + actions de formation et de sensibilisation
Sanction légale spécifiqueAucune prévue par le Code du travail (sept. 2024)
Jurisprudence récenteCour de cassation, chambre sociale, 25 mars 2026 : le manquement suppose la preuve d'une connexion imposée par l'employeur
Juridictions compétentes en cas de litigeConseil de prud'hommes ; inspection du travail en amont
Conventions collectives concernées8 581 articles dans 144 conventions collectives (base KALI, Légifrance)
Outil de rechercheLégifrance (base KALI) pour retrouver sa convention collective

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le droit à la déconnexion des salariés ?

Le droit à la déconnexion est le droit pour tout salarié de ne pas se connecter à ses outils numériques professionnels (messagerie, téléphone, applications) en dehors de ses horaires de travail. Il vise à protéger les temps de repos, de congé et la vie personnelle. Il est inscrit dans le Code du travail depuis la loi n°2016-1088 du 8 août 2016, entrée en vigueur le 1er janvier 2017.

Quelle est la loi qui a instauré le droit à la déconnexion ?

C'est la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (dite loi Travail ou loi El Khomri) qui a introduit le droit à la déconnexion dans le Code du travail. Le texte est applicable depuis le 1er janvier 2017 et concerne en premier lieu les entreprises de plus de 50 salariés.

Quelles sont les 5 obligations de l'employeur ?

Concernant le droit à la déconnexion, l'employeur doit principalement : 1) engager une négociation annuelle obligatoire (NAO) sur les modalités de déconnexion ; 2) conclure un accord collectif ou, à défaut, élaborer une charte unilatérale ; 3) consulter le CSE avant d'adopter la charte ; 4) définir des plages horaires de non-sollicitation ; 5) mettre en place des actions de formation et de sensibilisation à l'usage raisonnable des outils numériques.

Quelle est la politique de déconnexion au travail ?

La politique de déconnexion se matérialise soit par un accord collectif négocié avec les représentants du personnel, soit par une charte unilatérale de l'employeur établie après avis du CSE. Elle fixe les horaires pendant lesquels les salariés ne peuvent être sollicités, les modalités de formation et, le cas échéant, les règles spécifiques applicables aux salariés en forfait-jours ou en télétravail.

Quels sont les recours d'un salarié si son droit à la déconnexion n'est pas respecté ?

Un salarié confronté à des sollicitations répétées hors temps de travail peut d'abord effectuer un signalement interne auprès de sa hiérarchie ou du CSE. Si la situation persiste, il peut saisir l'inspection du travail ou, en dernier ressort, le conseil de prud'hommes sur le fondement de l'article L1121-1 du Code du travail (protection des libertés individuelles) ou de l'obligation patronale de sécurité (article L4121-1).

Le droit à la déconnexion s'applique-t-il aux télétravailleurs ?

Oui. L'article L.1222-9 du Code du travail affirme que le télétravailleur bénéficie des mêmes droits que ses collègues travaillant sur site, ce qui inclut explicitement le droit à la déconnexion. L'employeur doit donc garantir au télétravailleur les mêmes plages de non-sollicitation et les mêmes protections qu'aux salariés présents dans les locaux de l'entreprise.